Qu’est-ce que la monnaie libre ? Une monnaie basée sur le principe du revenu de base ? Une monnaie locale ? Un outil démocratique ?

Cet article a pour objectif de vous présenter le principe de la monnaie libre Ğ1 (prononcer June) et comment l’utiliser en pratique.

La monnaie libre, qu’est-ce que c’est?

Une monnaie dont la création est égalitaire et décentralisée

La Ğ1 est une cryptomonnaie (monnaie numérique) en fonctionnement depuis Mars 2017 dont le modèle de création monétaire propose un équivalent de revenu que l’on appelle « venu » (car n’est pas conditionné par un travail réalisé) de base inconditionnel décentralisé.

L’algorithme (blockchain) s’appuie sur la Théorie Relative de la Monnaie ; théorie qui propose la création de monnaies libres pour assurer une égalité temporelle et géographique (symétrie spatio-temporelle) des membres par rapport à la création monétaire.

Exemple d’un article à propos d’un maraîcher mayennais qui vend des légumes en Ğ1 (disponible ici)

Le réseau d’utilisateurs (ou toile de confiance), qui comporte en Novembre 2019 environ 21300 membres (majoritairement en France) a développé des plate-formes d’échanges et organise des rencontres (marchés, apéros, conférences) régulièrement.

La Ğ1, expérimenter un « venu » de base inconditionnel décentralisé

La Ğ1 fonctionne donc en réseau, entre les individus, sans passer par un organisme central. Chacun est libre de rejoindre une monnaie libre s’il le souhaite et de rejoindre, de ce fait, la communauté existante. Les unités monétaires, les Ğ1, sont co-créées ou co-produites quotidiennement sur le compte Ğ1  des individus membres de cette monnaie.

La blockchain (chaine d’enregistrement des transactions) qui distribue la monnaie s’appelle « Duniter ». Les membres en reçoivent tous le même montant quotidiennement. Cette création monétaire est appelée dividende universel (DU).

A l’instar des logiciels libres, pour qu’une monnaie soit libre, son code doit être public et chacun doit pouvoir contrôler qu’il est bien respecté.
C’est une des sources de confiance dans le fonctionnement et la pérennité de la monnaie.
Ces règles publiques sont également un outil précieux pour se questionner sur la chose monétaire, se l’approprier, et innover en proposant des monnaies alternatives, qui répondront ou non à un besoin sociétal, comme leur adoption ou non en témoignera.

La Théorie relative de la monnaie et la symértie spatio-temporelle

Le calcul de cette création monétaire est défini selon des règles précises, notamment issues des travaux de Stéphane Laborde dans son ouvrage « Théorie Relative de la Monnaie (TRM)». Les règles de création et de distribution monétaire de la Ğ1 sont publiques, transparentes et accessibles à tous.
L’un des principes fondamentaux de cette théorie est l’égalité spatiale et temporelle entre tous les utilisateurs de la monnaie.
Détaillons un peu ce qui est sous-entendu par « symétrie spatio-temporelle’.

Symétrie spatiale :

Contexte : Dans les monnaies classiques (€, $, …), les individus ayant pouvoir de création monétaire (banquiers entre autres) ont un accès très privilégié à la monnaie comparé aux autres.

Principe : Dans une monnaie libre, chaque création monétaire est distribuée à parts égales entre chaque individu de l’espace économique¹. Cette égalité de traitement est appelée symétrie spatiale.

 ¹ Dans le cas de la June (Ǧ1), première monnaie libre, un individu est considéré comme faisant partie de l’espace économique de la Ǧ1 lorsqu’il en devient membre, c’est-à-dire après avoir été reconnu comme n’ayant qu’un seul compte membre² Ǧ1 représentant son identité d’humain vivant.
² Le compte membre se doit d’être unique par individu (personne physique) pour légitimer sa part égale de création monétaire. En outre, il est possible de créer à loisir de simples comptes portefeuilles. Ces derniers n’influent pas sur la création monétaire, ils se contentent de stocker la monnaie qu’on y transfert, tel un compte courant. Les personnes morales (entreprises, associations) peuvent créer des comptes portefeuilles.

Symétrie temporelle :
Contexte : Les asymétries temporelles des monnaies sont moins évidentes à identifier :

  • Pour des monnaies étatiques, il s’agit des variations entre des périodes de fort accroissement du volume monétaire et des périodes de stagnation, il en va de même pour les MCL (Monnaies Complémentaires Locales), dépendantes de l’euro (ou autre monnaie étatique) pour leur émission et valorisation.
  • Pour les SEL (Systèmes d’Échanges Locaux), l’asymétrie se trouve généralement dans l’apport monétaire à l’arrivée d’un nouveau membre. En effet, si chaque membre entre dans le SEL avec 10 (ou une autorisation de découvert de 10), le 2nd membre double la masse monétaire (10+10), le 100ème membre ne l’augemente que d’1% (1000+10). Plus le temps passe, plus la création monétaire devient anecdotique au regard de l’existant, ce sont donc les premiers entrants et leurs échanges qui ont façonné les rapports de pouvoir que subiront les suivants, et le mécanisme s’accentue de génération en génération avec les héritages.

C’est pour éviter ce phénomène qu’a été imaginée la notion de symétrie temporelle.

Principe : Dans les monnaies libres, la création monétaire est régulière dans le temps : chaque jour (mois ou année selon la périodicité décidée) un pourcentage fixe de l’ensemble de la monnaie existante est créé et réparti également entre chaque individu¹. Ainsi la part de monnaie créée par intervalle de temps reste égale, même entre les générations. C’est la symétrie temporelle.

La toile de confiance : Une monnaie dont l’humain est au centre

Pour être membre co-créateur de Ğ1, il faut que son compte reçoive au moins 5 certifications provenant de 5 personnes déjà membres elles-mêmes de la Ğ1. C’est l’idée de la toile de confiance qui relie les membres entre eux. Cela sert à éviter qu’un individu malintentionné ne puisse créer plus d’un compte membre et créer plus de Ğ1 que les autres. Cela favorise aussi le tissage d’un réseau d’utilisateurs pour s’entraider et se rencontrer.

Capture d’écran de la carte des utilisateurs de la Ğ1 (wotmap)

Les entreprises et commerçants peuvent utiliser légalement la Ğ1, elle est une valeur économique numérique, comme le serait un logiciel, ou une photo numérique par exemple. Ils devront la déclarer comme n’importe quelle valeur économique produite.

Des groupes de travail d’utilisateurs et développeurs de la Ğ1 travaillent à préciser cet aspect législatif.

Que permet la monnaie libre Ğ1?

Accompagner la transition écologique et sociale

Aujourd’hui, les choix d’investissements (de création monétaire par accord de prêt pour un projet) sont basés sur les chances de retour sur investissement, de profit, sur le fait que des fonds alloués à un projet reviennent le plus certainement possible, et sur l’augmentation des intérêts convenus au moment du prêt… Ou des dividendes pour satisfaire les investisseurs.

Avec une monnaie libre, la création monétaire se fait exclusivement en créditant chaque citoyen d’une part égale de la monnaie. Le pouvoir d’investissement est donc réparti à part égale entre chaque citoyen. Les choix de financer ou non un projet sont donc le fruit de la volonté populaire, plutôt que d’une volonté de profit.
Ainsi le pouvoir monétaire citoyen accompagne la prise de conscience des besoins de transition et leur mise en place.
Les pouvoirs des banques, actionnaires et autres acteurs des marchés financiers sont transférés aux citoyens par la création monétaire. Un pouvoir collossal pour agir et faire changer la société dans laquelle nous vivons tous.

De plus, la June (Ǧ1), pour son fonctionnement repose sur un réseau pair à pair (p2p, décentralisé, acentré) de blockchain. Contrairement au Bitcoin, cette blockchain a été conçue pour être peu énergivore, tout en respectant les principes d’égalité d’une monnaie libre. Cela est rendu possible par le mécanisme de toile de confiance qui permet à chacun de contribuer à sa mesure, harmonieusement, sans course à la puissance. Et parce qu’il est toujours possible de faire mieux, des évolutions sont à l’étude pour rendre cette blockchain encore plus sobre en calcul et en volume.

Faciliter les échanges entre êtres humains

A la différence des monnaies classiques, les monnaies libres sont mécaniquement redistributives. Leur mode de création monétaire s’assure qu’il n’y ait jamais d’assèchement de l’économie. Ainsi, les individus constituant l’espace économique d’une monnaie libre ne peuvent que marginalement être à court de monnaie s’ils consomment nettement plus qu’ils ne fournissent. Ce n’est donc pas le système qui est asséché par la captation de quelques-uns, mais quelques-uns qui peuvent se retrouver temporairement à vide s’ils n’équilibrent pas leur compte. Et même à vide, le DU viendra progressivement les remettre en capacité d’échanger.
Toute monnaie libre, de part son mode de création monétaire, est fondante pour les personnes morales (entreprises, associations…) et autres comptes portefeuilles. Pour les personnes physiques (individu membre de l’espace économique), elle est convergente : chaque compte membre, s’il achète autant qu’il vend, va converger vers la moyenne progressivement, grâce au DU.
C’est ce mécanisme qui permet aux monnaies libres de faciliter les échanges au-delà des monnaies classiques, en répartissant durablement la monnaie entre les individus pour qu’ils restent au coeur d’une économie bien réelle. Une économie axée sur les échanges entre êtres humains, fluidifiée par l’apport régulier de monnaie par ces derniers.

Eviter les inégalités monétaires systémiques

Travail et délocalisation
Le fait que la monnaie soit créée et redistribuée de manière égale entre ses membres sur toute la planète devrait permettre à chaque être humain de pouvoir faire le choix d’accepter ou non de travailler pour un employeur qui proposerait un salaire moins élevé que ce qui lui revient quotidiennement. Ainsi, les multinationales se trouveraient en difficulté pour proposer de travailler pour des salaires moindres à l’étranger. Avec cette distribution monétaire, il pourrait donc être possible d’amoindrir la délocalisation et le dumping social.

Financement
Actuellement, si une banque est favorable à un projet, elle peut le financer en lui accordant un prêt qui engendrera une création de monnaie¹ . La banque, pour prendre cette décision, s’appuiera sur la capacité du demandeur à repondre à des critères bien particuliers : capacité à monter des dossiers, bien présenter ses dossiers, patrimoine financier saisissable… Tous les utilisateurs de la monnaie n’ont donc pas une position égale vis-à-vis des organismes de financement.

Avec la monnaie libre, comme la création monétaire vient exclusivement de l’humain, de manière égale entre tous les individus, financer un projet qui nécessite plus que ce dont nous disposons passera par une mutualisation et l’adhésion de suffisamment d’humains. En euro, nous appelons cette méthode le corwdfounding ou financement participatif.
Vu les codes culturels et les inégalités de visibilité médiatique, il n’est pas dit que cela mettre fin aux inégalités « à la tête du client ». Cela risque de rendre ces inégalités représentatives des préjugés d’une population, plutôt que des préjugés d’un banquier. A première vue, ça me semble un moindre mal, tout en restant loin d’être idéal.
¹ la monnaie ainsi créée sera certes détruite un jour, mais à un instant T on peu constater que la très grande majorité de la monnaie en circulation est émise de cette manière, son impact est donc loin d’être anodin, et cela, sans même parler des intérêts… Quelques vidéos sur le sujet : les banquesla dette

Géopolitique
Entre pays, zones culturelles, voire continents, cela change déjà plus. En effet, aujourd’hui l’Occident (Amérique du Nord et Europe) finance la majorité des projets sur son territoire, mais aussi en Amérique du Sud, en Afrique et en pour une part décroissante en Asie. Cela, entre autre par colonialisme économique, en ayant la main sur les monnaies utilisées dans ces pays, et en ayant leur propre monnaie comme référence des échanges internationaux.
Pour autant, l’Occident est loin d’être l’espace le plus peuplé avec ses 1,3 milliards d’habitants.
En monnaie libre, son pouvoir de financement serait proportionnel à sa population. Il serait donc plus difficile pour un Etat de financer des projets sur sont propre pays et sur d’autres territoires sans posséder une plus grande quantité de monnaie que les autres. Les populations qui aujourd’hui se voient imposer des projets décidés par des puissances étrangères auraient cette fois les moyens de réagir, de financer leurs propres projets, voire de reprendre possession en douceur de ceux implantés sur leur territoire par des rachats (la fuite de capitaux correspondant aux rachats étant diluée dans le temps par la création monétaire uniformément répartie sur la population).

Eviter les crises monétaires

Le principe de symétrie est conçu pour ça. En répartissant la création monétaire dans le temps et sur l’ensemble de la population, il n’y a pas de captation systémique de la monnaie par les instances qui la créent, donc pas d’assèchement monétaire, donc pas de crise.Et avec des règles de fonctionnement publiques et vérifiables, la confiance peut naître et perdurer.

Comment ça marche en pratique?
Comment recontrer les membres de la Ğ1?

Cesium
Le logiciel Cesium vous permettra de créer un compte (membre ou portefeuille en fonction de si le compte est destiné à un huamin ou à une structure). Il vous permettra de recevoir et d’envoyer des certifications, d’effectuer des transactions, de recevoir votre DU et de consulter l’état du réseau et de la monnaie.

Gechange et Gannonce
Gechange et Gannonce sont les principales plateformes d’échange en Ğ1. Elles vous permettent de déposer des annonces et d’acheter des biens et services.

Pour rencontrer les membres de la Ğ1
Des rencontres locales sont organisées régulièrement entre les membres pour pouvoir échanger et se certifier, réparties sur toute la France.
Deux fois par an, les membres de la Ğ1 sont amenés à se rencontre aux « Rencontres Monnaie Libre » qui ont lieu dans une ville différente.
La carte des membres peut vous aider à entrer en contact avec les membres proches de chez vous.

Rencontres à Bordeaux
Le site internet de la monnaie libre à Bordeaux.
Facebook : Monnaie Libre Bordeaux

Rencontres à Nantes et dans le Pays de la Loire
Meetup : https://www.meetup.com/fr-FR/Echanges-Monnaie-Libre-de-Nantes/
Forum Duniter : https://forum.monnaie-libre.fr/c/rencontres/pays-de-la-loire

Rencontres en Picardie
Forum Duniter : https://forum.monnaie-libre.fr/c/rencontres/picardie

Rencontres dans toutes l’Occitanie :
Monnaie libre Occitanie : https://monnaielibreoccitanie.org/events/
Facebook : Monnaie libre occitanie

Rencontres dans la région PACA
Forum Duniter : https://forum.monnaie-libre.fr/t/a-propos-de-la-categorie-provence-alpes-cote-dazur/4773

Dans les Antilles
Forum Duniter : https://forum.monnaie-libre.fr/t/a-propos-de-la-categorie-guadeloupe/4444

Autres liens utiles

Duniter : https://duniter.org/fr/comprendre/

Application en ligne de cesium (création et gestion des comptes) : https://g1.duniter.fr/#/app/home

Site de Stéphane Laborde, mathématicien et ingénieur : http://www.creationmonetaire.info/

Forums : https://forum.monnaie-libre.fr/ et https://forum.duniter.fr/

Pour comprendre avec des graphs : http://cuckooland.free.fr/LaTrmEnCouleur.html

Autres sites intéressants :

https://rml12.duniter.io/ (site des rencontres de la monnaie libre 12 – Bordeaux) –
Cet article est très fortement inspiré de ce site. merci à Millicent pour toutes ces explications.

http://www.le-sou.org/ (association de Mayenne)

http://pennarg1.org/ (site local ouest Bretagne)

https://rennes.monnaie-libre.fr/ (site local Rennes)

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